

Le saviez-vous ? En Grand Est, la forêt est un patrimoine vivant
En Grand Est, la forêt dessine l’horizon. À l’occasion du 21 mars, Journée internationale des forêts, partons à la découverte d’un territoire profondément lié aux arbres.
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Saviez-vous que la forêt couvre 1 951 000 hectares en Grand Est, soit près de 34 % du territoire régional ?
La surface forestière ne recule pas : elle augmente lentement et régulièrement depuis des décennies.
La forêt du Grand Est est particulièrement diverse en essences. Plus de 70% des surfaces comptent 5 espèces ou plus ; un tiers, 8 espèces ou plus. Les feuillus sont dominés par le chêne et le hêtre, tandis que les résineux s’illustrent principalement par l’épicéa et le sapin pectiné.
Le Grand Est se distingue ainsi par des forêts plus mélangées que la moyenne, offrant une grande résilience écologique et une richesse paysagère remarquable.
Avec un dixième des forêts métropolitaines, la région se classe au 4ᵉ rang des plus boisées de France, derrière la Nouvelle-Aquitaine, l’Occitanie et l’Auvergne-Rhône-Alpes.
Le territoire compte également plusieurs forêts labellisées « Forêt d’Exception® », qui valorisent un patrimoine naturel, historique et culturel remarquable : la forêt de Darney, la forêt de Haguenau, la Montagne de Reims et la forêt de Verdun. Ces massifs illustrent la diversité des paysages du Grand Est et témoignent d’une gestion attentive qui conjugue mémoire, biodiversité et valorisation du territoire.
Un tiers du territoire couvert d’arbres
34% du Grand Est recouvert de forêts

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Les forêts du Grand Est présentent une autre spécificité forte : elles appartiennent majoritairement à des acteurs publics. Environ 58 % des surfaces forestières appartiennent à l’État, aux communes ou à d’autres collectivités. Un taux nettement supérieur à la moyenne nationale, qui est de 36%. Les forêts domaniales et communales sont gérées par l’Office national des forêts, mais la responsabilité des décisions et des investissements revient à leurs propriétaires.
Les forêts privées représentent 42 % du territoire forestier régional, soit près de 800 000 hectares répartis entre plus de 310 000 propriétaires. Les propriétaires forestiers privés sont d’une très grande diversité, du particulier passionné au grandes entreprises, en passant peut être par vous ? De nombreuses personnes sont propriétaires de forêt par héritage, parfois sans le savoir. Ces propriétés privées se composent en partie d'une mosaïque de petites parcelles, souvent inférieures à 4 hectares et majoritairement peu gérées, parfois laissées à l’abandon, ce qui rend plus complexe la mise en place d’une gestion cohérente à grande échelle. À l’inverse, les propriétés de plus de 25 hectares sont soumises à l’obligation d’un document de gestion durable, garantissant un suivi pluriannuel structuré. Ainsi, les propriétaires peuvent s’organiser en groupements ou en coopératives, avec l’appui de structures spécialisées qui les accompagnent dans la gestion durable.
Forêts du Grand Est : un patrimoine majoritairement public
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Le secteur forêt-bois en Grand Est regroupe une grande diversité de métiers : gestionnaire forestier, bûcheron, luthier, charpentier, ébéniste, designer, tonnelier, et encore bien d’autres.
Cette filière occupe une place importante dans la région, elle représente des milliers d’emplois non délocalisables et un poids économique majeur. Avec environ 53 000 emplois liés à la forêt et au bois, le secteur continue de recruter, notamment dans les métiers qualifiés et la construction bois, où les besoins augmentent. Les départs à la retraite et le développement de la construction durable ouvrent de nombreuses opportunités pour les jeunes et les personnes en reconversion.
Dans ce contexte, le Grand Est apparaît comme un territoire moteur. Fortement boisée et historiquement liée à cette ressource, la région concentre de nombreuses entreprises et recrute activement dans la filière forêt-bois. Le territoire abrite des établissements de formation reconnus qui préparent aux métiers de demain :
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L'ENSTIB forme aux technologies et industries du bois.
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AgroParisTech propose des cursus en gestion forestière et sciences du vivant.
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Le lycée Louise Weiss Le offre notamment un BTS dédié aux métiers du bois.
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Le CFA Papeterie forme aux métiers du papier et de la transformation.
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L’école des luthiers de Mirecourt perpétue le savoir-faire de la fabrication d’instruments.
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L’APIA se spécialise dans les métiers de l’ameublement et de l’agencement.
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L'AFPA ou le CFA du BTP le des Ardennes forment aux métiers du Bâtiment et des Travaux Publics.
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Les Compagnons du devoir transmettent des savoirs artisanaux d’excellence.
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Le lycée Denis Diderot orienté sur les métiers de l'artisanat d'art en bois et métallerie.
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Le CFPPA de Saint-Laurent propose des formations professionnelles en gestion forestière et travaux sylvicoles.
Cette diversité de formations illustre la richesse du secteur : on peut y travailler en forêt, dans l’atelier, en bureau d’études ou sur les chantiers. Les métiers évoluent avec les enjeux actuels – construction durable, gestion responsable des ressources, innovation – tout en conservant une dimension artisanale et concrète.
Métiers du bois et de la forêt : un secteur qui recrute
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Alors que les populations mondiales subissent une urbanisation rapide, avec environ 75 % de la population appelée à vivre en ville d’ici 2050, le stress et l’anxiété deviennent des enjeux majeurs de santé publique. Selon des études récentes publiées dans l’International Journal of Environmental Research and Public Health, le contact avec les arbres agit directement sur notre organisme : baisse du cortisol (hormone du stress), diminution du rythme cardiaque et sensation d’apaisement.
Le docteur Qing Li a notamment démontré les effets positifs des environnements forestiers sur la santé, en mettant en évidence le rôle des composés organiques volatils émis naturellement par les arbres. Ces molécules, présentes dans l’air forestier, interagissent avec notre système nerveux et participent à une sensation d’apaisement.
Récemment, des élèves ingénieur(e)s de 3ᵉ année de l’ENSTIB ont souhaité approfondir ces travaux à travers un projet de recherche & développement intitulé « Forêt et composés organiques volatils ». Leur objectif : caractériser les forêts de la Vôge-les-Bains afin d’identifier la présence de ces molécules et d’évaluer leur potentiel. L’enjeu dépasse la seule recherche scientifique, il s’agit aussi de valoriser la ressource forestière locale et d’explorer le développement d’une filière d’écotourisme fondée sur la qualité de l’air forestier.
Dans ce contexte, les pratiques de reconnexion à la nature suscitent un intérêt croissant. Respirer l’air des bois, écouter le vent dans les feuilles ou marcher entre les arbres mobilise nos sens et permet une déconnexion bénéfique.
La forêt n’est pas seulement un patrimoine écologique ou économique. Elle constitue également un espace favorable à l’équilibre, un lieu où l’être humain peut retrouver une respiration plus profonde et une forme de sérénité.
La forêt, alliée du bien-être
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Les forêts du Grand Est nourrissent l’imaginaire et la création artistique. Elles deviennent décors de cinéma, terrains d’exploration sonore ou sources d’inspiration photographique.
Le cinéma puise dans ces paysages. Le film Leurs enfants après eux, adaptation du roman de Nicolas Mathieu, a choisi les forêts lorraines comme décor, soulignant leur force narrative et leur dimension intime.
Les forêts vosgiennes ont profondément marqué le photographe et réalisateur Vincent Munier. Son documentaire Le Chant des Forêts a été récompensé par le César du meilleur documentaire ainsi qu’un César pour son équipe sonore. Le film révèle la poésie, la lumière et la richesse des écosystèmes forestiers. Il s’inscrit dans la continuité de son travail sensible sur le vivant, comme avec La Panthère des neiges, qui célèbre la beauté du monde sauvage.
La musique s’y invite également. La violoncelliste Olivia Gay a grandi au contact des paysages forestiers alsaciens et s’en inspire toujours. Elle a donné plusieurs concerts immersifs dans la région, notamment dans la Forêt de Verzy et à Verdun, proposant des expériences où la forêt devient partenaire d’écoute.
La création artistique trouve également ses sources dans le monde forestier. Caroline Antoine a puisé son inspiration dans la forêt de Haye pour son œuvre Réparer les forêts, interrogeant le lien entre l’humain et le vivant. De son côté, l’illustratrice naturaliste Valentine Plessy s’inspire de la forêt de la Robertsau à Strasbourg. Elle y observe et dessine la nature pour en saisir la beauté, la force et la sensibilité, faisant de l’illustration un moyen de raconter le vivant.
La forêt devient également matière sonore. Le preneur de son naturaliste Marc Namblard enregistre depuis des années les ambiances forestières : bruissement des feuilles, chants d’oiseaux, craquements du bois. Ses captations révèlent une symphonie discrète et immersive.
Lieu de contemplation, décor de récit, espace d’engagement : les forêts du Grand Est s'imposent comme un territoire pluriel d’inspiration. Elle incarne à la fois mémoire, puissance symbolique et promesse de création.
Une forêt qui inspire

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Défis climatiques : le scolyte, un petit révélateur de grands changements
Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu, tournage près des forêts du Lac de Pierre Percée

Photographie tiré de l'article de Sciences et avenir "Les scolytes, de petits insectes redoutables qui s'attaquent au bois et ravagent des forêts entières"
Dans les forêts du Grand Est, le scolyte typographe est devenu un véritable symbole des effets du changement climatique. Présent naturellement en Europe, cet insecte profite des épisodes de sécheresse et de fortes chaleurs pour se multiplier.
Les étés 2018, 2019 et 2020, particulièrement chauds et secs, ont fragilisé les épicéas, notamment en plaine. Affaiblis par le manque d’eau, ces arbres produisent moins de résine, leur principale défense naturelle. Les femelles scolytes creusent alors des galeries sous l’écorce pour y pondre, bloquant la circulation de la sève et provoquant la mort de l’arbre.
Depuis 2018, des milliers d’hectares ont été touchés, notamment en plaine. Entre 2019 et 2021, plus de 3,7 millions de m³ d’épicéas scolytés ont dû être récoltés en urgence dans les forêts publiques régionales. Pour l’agence de Office national des forêts de Verdun, près de 1,1 million de m³ ont été exploités en trois ans, contre 55 000 m³ en moyenne annuelle habituellement.
Face à ce phénomène, les forestiers expérimentent et adaptent les pratiques : diversification des essences, renouvellement des peuplements et suivi sanitaire renforcé. Le scolyte rappelle ainsi combien l’équilibre forestier est étroitement lié aux évolutions climatiques.
La forêt du Grand Est représente un espace de travail, de transmission, de mémoire et d’inspiration. Elle relie les générations, soutient l’économie locale et offre un refuge à la biodiversité comme aux habitants.
Et pour en apprendre encore plus, consultez les informations de l'inventaire forestier ici.
Sources :
https://draaf.grand-est.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/44-structure_foret_grand-est_cle841ee9.pdf
https://www.instagram.com/p/DTh7aETCBuA/?img_index=2
https://www.intramuros.org/pont-a-mousson/actualites/667045
https://biodiversite.grandest.fr/mecenat-en-faveur-du-patrimoine-forestier-du-grand-est/
https://fibois-grandest.com/particulier-la-foret/
https://oref.grandest.fr/wp-content/uploads/cs-bois-25.pdf
https://www.youtube.com/watch?v=5V9fHsm0has
https://revueforestierefrancaise.agroparistech.fr/article/view/7589
https://draaf.grand-est.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/Biodiversite_des_forets_du_Grand_Est_partie_1_cle01ba82.pdf
https://www.frcneurodon.org/informer-sur-la-recherche/actus/les-bienfaits-de-la-nature-sur-le-cerveau/
http://valentineplessy.free.fr/index.php?/actualite/-presentation/
