

À l’école de ROVILLE, apprendre à faire pousser le futur
Implantée dans les Vosges, l’École de ROVILLE forme depuis plus de 80 ans aux métiers du végétal et de paysage. Mais aujourd’hui, dans un contexte marqué par les défis climatiques, la raréfaction de l’eau et la fragilité des écosystèmes, l’enseignement change. À l’École de ROVILLE, on ne forme plus seulement des jardiniers, des horticulteurs ou des paysagistes : on prépare des professionnels capables de penser le vivant dans toute sa complexité.
Une école qui évolue avec son époque
Nichée entre prairies et lisières forestières, l’École de ROVILLE s’est progressivement imposée comme une référence dans les métiers du végétal et du paysage. Historiquement centrée sur l’horticulture, elle a élargi son champ d’action au paysage, à l’environnement, à l’art floral et au commerce spécialisé, en réponse aux évolutions de la société et aux nouveaux enjeux écologiques.
Aujourd’hui, l’établissement accueille une grande diversité de publics (collégiens, lycéens, apprentis, adultes en reconversion) de la 4ème à la licence professionnelle Cette ouverture reflète une conviction forte : les métiers du vivant concernent désormais tous les parcours et tous les territoires.
À ROVILLE, on apprend à lire un paysage, à anticiper ses évolutions et à penser la place de l’arbre dans un monde en mutation.


Former dans un monde en transition
Ce changement de cap s’inscrit dans une stratégie globale, « ROVILLE 2030, école innovante », qui redéfinit les contours de la formation. D’une école spécialisée, l’établissement devient un véritable écosystème mêlant formation, production, expérimentation et innovation.
« On doit préparer les apprenants à des métiers qui n’existent pas encore totalement, en leur donnant des bases solides et une capacité d’adaptation. », souligne Manuela Burolet, directrice adjointe de l’établissement.
Face aux défis climatiques, l’enjeu dépasse la transmission de savoir-faire : il s’agit de former des professionnels capables de comprendre les systèmes vivants pour mieux agir sur eux.
Au cœur de cette démarche, des sujets concrets sont abordés et les formations proposées évoluent pour répondre aux exigences de l’agroécologie. Le BTSA horticole, désormais intitulé MVAOE (Métiers du végétal, de l’alimentation, de l’ornement et de l’environnement) met particulièrement l’accent sur la gestion raisonnée de l’eau, adaptation des végétaux aux évolutions climatiques, création d’îlots de fraîcheur et renforcement de la biodiversité.
«On se pose des questions très concrètes : quelles essences va-t-on pouvoir planter demain ? Comment vont-elles résister aux hausses de température ? Ce sont ces problématiques qui doivent guider aujourd’hui la formation. » - Manuela Burollet
Ici, former, c’est déjà transformer le paysage de demain.


Du jardin au système vivant : changer de regard
Dans cette logique, le projet « Jardins de demain » propose de repenser en profondeur la manière de concevoir les espaces paysagers. Autrement dit, on considère le jardin comme un ensemble vivant où l’humain fait partie des éléments, sans être au centre.
Initiée avec des partenaires professionnels, collectivités et acteurs du territoire, cette démarche de recherche-action-transmission vise à expérimenter, démontrer, former et essaimer. Les jardins deviennent ainsi des espaces d’expérimentation où l’on teste des solutions concrètes pour réinventer les pratiques liées aux métiers du paysage, favoriser la transition écologique au sein des jardins et créer des ponts entre les acteurs du territoire et avec le vivant.
« On ne peut plus concevoir un jardin comme on le faisait il y a vingt ans », explique Marie Pierre Giroux, intervenante du projet.
Dans ce contexte, le rôle du jardinier et du paysagiste évolue profondément. Il s’agit désormais de concevoir des espaces capables de répondre à des enjeux multiples.
Un plateau technique pour expérimenter la complexité
À ROVILLE, cette approche se traduit concrètement sur le terrain. Le site fonctionne comme un véritable laboratoire à ciel ouvert : serres horticoles, pépinière, cultures en plein champ, laboratoire in vitro, verger conservatoire et parc paysager composent un plateau technique particulièrement complet.
Les élèves y expérimentent différents modes de production — biologique, conventionnel, hors-sol, pleine terre — qu’ils comparent et analysent. L’objectif n’est pas de privilégier un modèle unique, mais de comprendre les logiques, les avantages et les limites de chacun.
« On nous montre plusieurs façons de faire, à nous ensuite de comprendre et de choisir », résume Nicolas, étudiant et apprenti à ROVILLE.
Cette pédagogie développe une capacité essentielle : savoir s’adapter à des contextes variés, dans un environnement de plus en plus incertain.
L’innovation comme outil de compréhension
L’innovation occupe une place centrale. Sur le plan technique, le projet Lortin’nove explore les usages de l’ortie dans les filières textiles et industrielles, révélant le potentiel de cultures alternatives dans un contexte de transition écologique.
Le laboratoire de multiplication in vitro permet, quant à lui, de travailler sur la conservation de variétés et la multiplication d’espèces, en lien avec les enjeux de biodiversité.
Sur le plan pédagogique, la création de Digit@l Roville marque une évolution importante. Développée depuis 2020, cette cellule propose des formations hybrides mêlant enseignement à distance et pratique sur site.
« Derrière chaque ressource digitale, il y a un accompagnement, des échanges et un suivi individualisé », explique Marie-Pierre Giroux, chargée du dispositif.
Le numérique ne remplace pas le terrain : il le prépare, le prolonge et permet d’ouvrir l’école à de nouveaux publics, notamment en reconversion ou éloignés géographiquement.
Des projets transversaux pour relier les savoirs
Face à la complexité des enjeux environnementaux, l’école mise sur des projets transversaux. La création de micro-forêts urbaines, inspirées de la méthode Miyawaki, en est une illustration particulièrement concrète.
Ces projets mobilisent simultanément plusieurs disciplines :
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production végétale pour élever les plants
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aménagement paysager pour concevoir les implantations
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environnement pour analyser les sols et la biodiversité
Ils permettent d’aborder des problématiques réelles : îlots de fraîcheur, stockage du carbone, infiltration de l’eau, dynamique des sols.
Dans le parc de l’école, les élèves observent également des arbres remarquables, comme des cèdres de l’Atlas ou des séquoias géants, qui offrent un support d’étude du temps long. Le verger conservatoire, replanté après la tempête Lothar de 1999, complète cette approche en permettant d’analyser la diversité variétale et la résilience des espèces.
Ces projets illustrent une idée clé : le paysage est un système vivant, où chaque intervention a des conséquences durables.
Apprendre par la pratique, du champ à l’assiette
La pédagogie de ROVILLE repose sur un principe simple : faire pour apprendre.
Acteur économique local, elle développe des circuits courts, participe à des événements régionaux et entretient des liens étroits avec les professionnels du secteur.
Les élèves participent à toutes les étapes de production, de la culture à la commercialisation. Les légumes produits alimentent la restauration de l’école, tandis que les plantes sont vendues en boutique ou lors d’événements.
Cette immersion dans le réel permet d’intégrer les dimensions économiques, techniques et environnementales du métier, tout en développant un sens des responsabilités.
L’esprit ROVILLE : une école qui rassemble et inspire jusqu’à la passion
C’est dans ce contexte que s’inscrivent des trajectoires comme celle de Nicolas Prost Brasseur, aujourd’hui apprenti en BTSA Horticole. Après un CAP et un bac professionnel, complétés par une expérience dans les serres municipales de Metz, il choisit ROVILLE pour retrouver une formation profondément ancrée dans la pratique.
Très vite, il découvre un fonctionnement basé sur la mise en responsabilité : gestion des cultures, suivi des arrosages, participation à la vente. Une immersion progressive dans le réel qui structure son apprentissage.
« On nous fait confiance. Ça oblige à être rigoureux, à s’organiser. Et surtout, ça donne du sens à ce qu’on fait », poursuit-il.
Au-delà des compétences techniques, c’est aussi l’environnement humain qui marque son parcours. La proximité avec les formateurs, la disponibilité des équipes et la vie collective contribuent à façonner une expérience qu’il décrit comme singulière.
« Il y a un esprit familial. Dès mon arrivée, j’ai compris que ROVILLE avait une ambiance différente, très humaine. On finit par s’attacher à l’école autant qu’aux métiers qu’on y apprend.»
Au-delà de l’expérience individuelle, l’École de ROVILLE s’appuie également sur des résultats reconnus dans les concours professionnels, notamment les WorldSkills ou les Meilleurs Apprentis de France. Lors de la dernière édition des WorldSkills, ROVILLE a remporté le titre national à la fois en aménagements et en art floral ! Cette performance confirme un niveau d’exigence et d’expertise régulièrement salué.

