

Transmettre la forêt, entre savoir-faire et adaptation : l’enseignement de Jean-Michel Escurat au Campus de Mirecourt
Au Campus Agricole et Forestier de Mirecourt, dans les Vosges, Jean-Michel Escurat enseigne la gestion forestière aux jeunes générations. Ingénieur de formation, il a vu évoluer les pratiques, les profils d’étudiants et les attentes autour de la forêt. Aujourd’hui, il accompagne les futurs forestiers dans un métier en profonde transformation, face aux changements climatiques.
Interview - La Voix des Bois #7
Une vie de terrain au service des générations futures
Depuis plus de 40 ans, Jean-Michel Escurat vit au rythme de la forêt. Formé ingénieur des techniques forestières, il commence sa carrière entre recherche, gestion et conseil privé, explore des projets internationaux en Afrique centrale, puis rejoint en 1994 le campus de Mirecourt pour créer le BTS Gestion forestière par apprentissage. Depuis, il guide les étudiants combinant terrain et pédagogie.
Ses enseignements reflètent ses passions et priorités : l’adaptation des forêts face aux changements climatiques, la valorisation de la biodiversité, et le dialogue entre science, économie, politique et société.
« Transmettre la forêt, ce n’est pas seulement enseigner comment la gérer, c’est apprendre à l’écouter et à la respecter. »



Une forêt qui évolue, un métier qui s’adapte
En quatre décennies, le regard sur la forêt s’est transformé. Les conditions climatiques, les enjeux environnementaux et les attentes sociétales ont progressivement modifié la manière de travailler. Les forêts en souffrance font face à de nombreuses crises sanitaires de grande envergure, telles que la crise des scolytes - de petits insectes de la famille des coléoptères - qui s'introduisent dans les arbres, bloquent la circulation de la sève et conduisent à leur dépérissements.
« On est dans un contexte où il faut observer davantage, analyser plus finement et adapter les pratiques. »
Dans un écosystème parmi les plus riches de la planète, les métiers de la filière forestière disposent aujourd’hui d’outils plus précis pour comprendre l’état des peuplements et anticiper leur évolution. Depuis plusieurs années, le développement de forêt “sous monitoring” permet l’observation de ces paysages à distance grâce aux satellites. Ces dispositifs fournissent des informations précieuses sur l’évolution des peuplements comme la qualité de la photosynthèse ou le taux d’humidité des feuilles, très utile pour détecter et suivre les phénomènes de dépérissements.
La gestion forestière s’inscrit désormais dans un cadre où l’incertitude fait partie du travail. Les forêts que nous observons sont elles-mêmes le fruit le résultat des choix réalisés par les forestiers des générations passées, et de la même manière, les décisions prises aujourd’hui auront un effet dans plusieurs décennies. Il ne s’agit plus d’appliquer des schémas fixes, mais de comprendre et anticiper des situations souvent complexes, répondant à la fois aux conditions actuelles et celles à venir.

Apprendre autrement : comprendre avant d’agir
Sur le campus de Mirecourt qui regroupe un lycée, un centre d’apprentissage, un centre de formation pour adultes et une exploitation agricole, l’enseignement repose sur un équilibre entre théorie et pratique.
Au sein du Campus, Jean-Michel Escurat privilégie une approche concrète, tournée vers le terrain.
« L’idée, c’est de donner aux étudiants des repères solides : connaître les essences, comprendre les interactions, maîtriser les techniques… »
En 2024, un projet de micro forêt urbaine a vu le jour sur le campus inspiré de la méthode Miyawaki, qui consiste à réaliser une plantation en associant diverses espèces d’essences locales pour constituer des peuplements denses qui correspondrait à la végétation naturelle potentielle du territoire.
Composé d’une soixantaine d’espèces d’arbres dont 80% locales, cette initiative peu commune permet aux étudiants de s’impliquer dans des pratiques forestières innovantes, c’est-à-dire des démarches qui visent à réintroduire la forêt en milieu urbain, favoriser la biodiversité et restaurer, en un temps relativement court, des écosystèmes forestiers fonctionnels sur de petites surfaces.
Mais au-delà des connaissances, il insiste sur la capacité à réfléchir et à s’adapter.
« Il n’y a pas une seule manière de faire. Il faut être capable de s’ajuster à chaque situation. »
Les pratiques évoluent mais le cœur du métier reste intact, offrant plus de dimension à explorer et à maîtriser. A Mirecourt, l’apprentissage s’adapte. Comme l’explique Jean Michel : “il ne s’agit plus simplement d’apprendre une théorie pour l’appliquer mais bien de savoir comment l’adapter sur le terrain. C’est pourquoi, la pratique occupe une place essentielle dans ses formations.
Cette approche s’accompagne de valeurs essentielles : l’éthique, l’humilité et la patience.
Une filière qui se renouvelle
La filière forêt-bois connaît aujourd’hui un renouvellement important de ses effectifs, lié aux départs à la retraite de nombreuses générations de professionnels.
« Il y a des opportunités, notamment dans les métiers de gestion forestière.»
Ces métiers consistent à planifier et organiser la gestion des forêts sur le long terme, en conciliant la production de bois, la préservation de la biodiversité et les attentes de la société.
Les formations spécialisées à Mirecourt attirent d’ailleurs de nombreux étudiants, notamment en raison de son implantation dans une région très forestière, idéale pour comprendre, observer et pratiquer dans des conditions réelles.
En parallèle, les métiers de terrain restent indispensables, avec des besoins réguliers en main-d’œuvre qualifiée. Ces parcours ouvrent à une diversité de débouchés allant du technicien forestier chargé de gérer durablement les forêts, au conducteur de travaux pilotant la réalisation des chantiers mais aussi à des métiers d’aménagement pour veiller à la sécurité des visiteurs en forêt.
« Dans un contexte de baisse démographique (dans le département des Vosges), le maintien de nos effectifs est déjà une réussite. Mais surtout, on voit émerger une nouvelle demande : des jeunes en quête de concret, de terrain, qui trouvent ici une autre façon d’apprendre. »

Au-delà des aspects techniques, Jean-Michel Escurat accorde une place importante à la relation entre les forestiers et la société.
Au quotidien, Jean-Michel Escurat accorde une importance particulière à la relation entre les forestiers et la société. Selon lui, il est indispensable d’intégrer des aspects pédagogiques et de communication pour préparer les étudiants à la diversité des métiers forestiers.
« La forêt concerne tout le monde. C’est important de savoir expliquer, échanger, partager. »
Même si elle n’appartient pas directement aux citoyens, la forêt reste un espace privilégié et préservé au quotidien. A l’heure des défis climatiques, les attentes sociétales et sociales sont d’autant plus importantes. C’est pourquoi, les choix liés à la gestion des forêts suscitent l’intérêt de différents publics en quête de transparence et de partage des connaissances.
Ainsi, dans ses cours, il intègre des dimensions de communication, de pédagogie et de dialogue, pour préparer les étudiants à travailler dans des contextes variés.
Les attentes évoluent, et avec elles la manière de communiquer. Une idée s’impose progressivement : il est nécessaire de passer à une véritable co-construction de la gestion forestière avec les citoyens.
« La forêt n’a pas besoin des Hommes pour exister, mais nous avons besoin de la forêt pour vivre. »
Faire le lien entre forêt et société

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Rendez-vous à la ferme de Braquemont à Poussay (88)