

Réparer les forêts, retrouver le vivant : rencontre avec Caroline Antoine
Artiste et paysagiste conceptrice, Caroline Antoine tisse un dialogue vivant entre art, paysage et écologie. Elle crée des espaces où l’on apprend à voir autrement la forêt, les arbres, et notre présence parmi eux. Son travail résonne avec la démarche de La Voie des Bois, qui met en lumière celles et ceux qui retissent le lien entre humains et vivant.
Interview - La Voix des Bois #3
La forêt comme expérience sensible
Diplômée de l’École d’art de Nancy et de l’École du paysage de Versailles, Caroline mêle création artistique et aménagement du territoire. Deux approches complémentaires pour explorer une question centrale : comment percevoir le vivant, se laisser toucher par lui et s’en laisser transformer. La crise écologique traverse profondément son travail, faisant de la forêt à la fois un terrain d’inspiration et un laboratoire de réflexion.
Caroline Antoine
La performance artistique, avec danse et musique improvisée, renforce ce dialogue sensible avec le vivant et l’expérience intime de la forêt. Caroline évoque aussi le concept de lieu sûr, cette sensation de sécurité que la forêt offre malgré les bouleversements du monde, et questionne : où trouvons-nous aujourd’hui un refuge dans un environnement fragilisé ?
Deux parcours, une même quête

Peinture, gravure, installation, performance : ses œuvres ne décrivent pas, elles éveillent. Les expositions deviennent des passerelles vers l’extérieur, souvent en dialogue avec danseurs, musiciens et autres artistes.
Dans «â€¯Réparer les forêts », elle s’immerge dans une parcelle de la forêt de Haye laissée à la régénération naturelle après la tempête de 1999. Le parcours guide le visiteur de la source, symbole de commencement, aux arbres entre mort et renaissance, jusqu’à une installation monumentale, où un arbre centenaire et le mouvement de l’eau se confondent. Chaque geste à l’encre colorée rose et violet célèbre la régénérescence et la méditation. Des messages poétiques accompagnent l’œuvre :
​«â€¯Quand une forêt se répare, elle nous répare tous. »
« Je voulais rendre compte des émotions que j’ai ressenties face à un vivant qui se régénère par lui-même. »


Collaborations et transdisciplinarité
Ses projets interrogent notre rapport au contrôle, à la liberté du vivant et à la gestion des forêts. Les zones de lisière, chemins, passages, espaces intermédiaires, deviennent des lieux d’apprentissage et de rencontre entre humains et nature. L’humain y participe, apprend et explore, mais il n’en est pas le centre : chaque décision et aménagement prend en compte l’équilibre de l’écosystème dans son ensemble.
Art et paysage s’enrichissent pour elle de la collaboration : musiciens, danseurs, sculpteurs, architectes, ingénieurs, écologues… Chaque projet devient une expérience collective, un dialogue entre disciplines, une manière de se former et de transformer sa pratique. Elle se définit comme médiatrice du vivant, une passerelle entre l’humain et les écosystèmes, facilitant leur rencontre et leur compréhension mutuelle
Trouver la juste place de l’humain
Au-delà des expositions, Caroline organise des balades créatives en milieu urbain et périurbain. Dessiner, peindre, écrire de manière intuitive, c’est apprendre à percevoir le vivant et à ressentir la diversité des paysages. Elle accompagne les participants vers le lâcher-prise, pour que chaque geste devienne une expérience.
« Il ne s’agit pas de représenter fidèlement, mais de laisser les lieux nous traverser.»
Caroline applique la même philosophie dans ses projets d’aménagement urbain : cours d’école, jardins partagés, espaces publics. Elle choisit des matériaux biosourcés, valorise les sols et favorise la régénération du vivant. Chaque projet devient un lieu où humains, plantes et animaux peuvent coexister harmonieusement.
L’art en balade : percevoir, sentir, créer
Aménager, transmettre, ressentir
L'art qui dialogue
Par son art et ses projets, Caroline Antoine invite à ressentir, écouter et respecter ces milieux. Ses œuvres éveillent la conscience, nourrissent l’intuition et participent à l’émergence d’une culture commune autour des arbres, des forêts et du bois.



Photos tirées de la salle Poirel

