

Holywood, à Neufchâteau : un atelier bois où les savoir-faire se transmettent
Dans ce tiers-lieu installé à Neufchâteau, les planches deviennent des meubles, les chutes de bois retrouvent une seconde vie et les rencontres prennent autant de place que les outils. Ici, artisans, étudiants, habitants et personnes en reconversion se croisent autour d’un même matériau : le bois. Holywood ne ressemble ni à une entreprise classique, ni à une simple association. C’est un lieu collectif où l’on apprend, où l’on fabrique et où l’on transmet.
Un atelier partagé au service du territoire
Depuis plusieurs années, Holywood s’est imposé comme un espace précieux pour la filière bois locale. L’atelier accueille aussi bien des particuliers venus réparer un meuble que des artisans en activité ou des étudiants en ébénisterie.
Ici, chacun avance sur son projet à son rythme. Une table en cours d’assemblage côtoie un nichoir pour oiseaux, tandis qu’au fond de l’atelier, un futur escalier attend ses dernières découpes.
La coordinatrice Lucie Chognot porte cette dynamique au quotidien. Ancienne travailleuse sociale, elle accompagne le développement du lieu avec une vision profondément humaine.
« On est là pour défendre la filière du bois de l’ameublement pour essayer de préserver ce savoir-faire local qui a commencé à disparaître. »
Holywood fonctionne comme un véritable atelier mutualisé. Les machines, les espaces et certaines compétences sont partagés afin de rendre le travail du bois plus accessible. Cette organisation permet à de jeunes artisans de se lancer plus sereinement, dans un secteur où l’investissement matériel représente souvent un frein important.


Le bois comme lien entre les générations
Dans cet espace, la transmission occupe une place centrale. Les gestes passent de main en main, entre professionnels expérimentés, étudiants et habitants venus découvrir le travail du bois.
Michel, artisan menuisier installé dans l’atelier depuis trois ans avec son activité MD Création, connaît bien cette dynamique. Après un parcours marqué par la réinsertion professionnelle, il a retrouvé ici le plaisir de son métier et une stabilité qui lui permet aujourd’hui de développer ses projets.
« Pour un menuisier auto-entrepreneur comme moi, avoir son propre atelier représente énormément de charges et de contraintes. Chez Holywood, tout le matériel est déjà à disposition : c’est une solution bien plus économique, pratique et flexible pour se lancer et travailler sereinement. »
Dans cet espace partagé, la solidarité se construit au quotidien. Les artisans échangent des conseils, prêtent un coup de main sur un chantier ou transmettent des techniques à des stagiaires. Le lieu accueille régulièrement des jeunes en CAP, BMA ou DNMADE ébénisterie, venus compléter leur formation par une immersion concrète.
Les étudiants découvrent alors une autre réalité du métier : celle des projets variés, des imprévus, des textures du matériau et du travail manuel appliqué à des objets réels.
Flora, étudiante en DNMADE, apprécie particulièrement cette dimension pratique.
« Ce qui est bien, c’est qu’on passe rapidement de l’école à la pratique. On touche à tout ! Ça ouvre énormément de possibilités dans le mobilier et la création en général. »
Entre la fabrication d’un tabouret, la construction d’une bibliothèque ou la création de décors de théâtre, les journées changent constamment. Cette polyvalence nourrit la créativité et révèle toute la richesse des métiers du bois.
Un lieu vivant où l’on vient aussi pour se rencontrer
Holywood remplit également une fonction plus discrète, mais essentielle : créer du lien social dans un territoire rural où les espaces collectifs deviennent précieux.
Certaines personnes viennent pour apprendre à utiliser une machine, d’autres pour avancer sur un projet personnel ou simplement pour retrouver une présence humaine.
Michel le raconte avec simplicité :
« Ici, c’est un espace de rencontre et d’échange où tout le monde est à l’écoute. Les gens prennent le temps de discuter, de partager et de créer du lien naturellement. »
Pour renforcer encore cette dynamique collective, les adhérents ont été invité à participer à un chantier pour la création d’un nouvel espace d’accueil construit ensemble. Plans, découpe, assemblage : chacun apporte sa pierre à l’édifice.

Faire grandir une autre manière de fabriquer
L’atelier avance aujourd’hui avec l’envie de consolider ce modèle hybride, entre artisanat, transmission et économie locale. Le lieu développe aussi des projets autour du réemploi du bois afin de valoriser une matière encore pleine de potentiel.
Dans les ateliers, certaines planches récupérées retrouvent une nouvelle histoire sous forme de mobilier ou d’aménagements extérieurs. Cette approche donne au matériau une dimension sensible : chaque veinage, chaque trace du temps devient une ressource à révéler.
L’association souhaite désormais renforcer sa visibilité, développer ses chantiers locaux et continuer à accueillir de nouveaux publics. Derrière chaque meuble fabriqué ou chaque projet collectif, Holywood défend surtout une manière différente de travailler : plus locale, plus humaine et profondément ancrée dans le partage.

