

Dans les formes du souffle : rencontre avec Germain Marguillard à Vent des Forêts
Au cœur de la forêt meusienne, à Fresnes-au-Mont, certaines œuvres naissent presque en silence. C’est dans cette atmosphère que nous rencontrons Germain Marguillard, en pleine résidence à Vent des Forêts. Ici, son travail prend forme lentement, au rythme du bois, du feu et de la matière.
Une pratique sculpturale enracinée dans la matière
Formé aux Beaux-Arts de Rennes, Germain Marguillard construit depuis plusieurs années une recherche autour de la sculpture et de l’installation, en lien direct avec les milieux naturels.
Son choix de matériaux n’est pas anodin. Il privilégie des matières durables, capables de dialoguer avec le temps et de s’inscrire dans les cycles du vivant.
« J’ai eu besoin de revenir à des matériaux qui peuvent exister dans un écosystème, qui ne sont pas hors sol. »
Le bois calciné devient un élément central de sa pratique. Travaillé par le feu, il acquiert une profondeur noire, presque minérale, tout en conservant la mémoire de l’arbre. À ses côtés, la céramique — souvent du grès noir ou de l’argile sombre — apporte une densité, une précision dans les formes.
« Le feu transforme la matière, mais il laisse aussi une part d’imprévisible. Il y a toujours un dialogue. »
Une esthétique de la sobriété et de la contemplation
Dans son travail, la couleur noire domine. Un choix assumé, qui crée un contraste doux avec la lumière forestière.
Cette économie de couleur ouvre un espace de respiration visuelle. Elle permet au regard de se poser, de ralentir. Pour le sentier de Vent des Forêts, Germain imagine une installation aérienne, composée de modules suspendus entre les arbres. Les formes, souvent circulaires ou rayonnantes, évoquent des diagrammes, des mandalas, ou encore des structures organiques inspirées du végétal.
Le visiteur découvrira ces formes au fil de la marche, presque par surprise. Une apparition progressive, au détour d’un sentier.
« J’ai envie que ça ouvre un espace de contemplation, qu’on puisse simplement être là, dans un rapport sensible au lieu. »
Loin d’une œuvre frontale, l’artiste privilégie la découverte progressive.
« J’aime l’idée qu’on tombe dessus un peu par hasard, que la rencontre se fasse doucement. »


Relier science et spiritualité
Au cœur de sa démarche, une réflexion profonde traverse son travail : celle du lien entre science et spiritualité.
Pour Germain, ces deux champs, aujourd’hui séparés, étaient autrefois étroitement liés. Leur dissociation a transformé notre manière de comprendre le monde, en valorisant ce qui peut être mesuré au détriment de ce qui se ressent.
« On a parfois perdu une forme d’émerveillement face à ce qui n’est pas directement quantifiable. »
Son travail cherche à recréer des passerelles. À ouvrir un espace où le sensible et le scientifique peuvent coexister.


Le souffle comme principe vivant
L’œuvre qu’il développe pour Vent des Forêts s’articule autour d’un concept central : le souffle. Une notion à la fois symbolique et biologique.
Inspiré du flabellum — un éventail rituel utilisé dans certaines traditions religieuses — il explore le souffle comme énergie invisible, présence vitale. Les modules en céramique intègrent des motifs directement issus de l’observation du végétal. Feuillages, structures organiques, mais aussi stomates — ces minuscules pores présents sur les feuilles, qui permettent les échanges gazeux.
Mais ce souffle prend aussi une dimension scientifique, à travers la respiration du vivant.
« Le souffle, c’est aussi la photosynthèse. C’est ce cycle entre les plantes, les humains, les animaux. »
Les plantes absorbent le dioxyde de carbone et libèrent de l’oxygène. Les humains et les animaux font l’inverse. Une relation de symbiose, essentielle à l’équilibre du vivant. Dans l’œuvre, ces éléments sont agrandis, transformés, rendus visibles.
« Les stomates, c’est là où la plante respire. C’est un détail microscopique qui devient une forme à part entière. »
Une manière de rendre hommage aux premières plantes terrestres, celles qui ont contribué à créer l’atmosphère que nous respirons aujourd’hui.
