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Francis Hallé, ou l’art de rendre les arbres visibles

Il y a des scientifiques dont le nom dépasse largement le cercle académique, non par goût de la mise en scène, mais parce qu’ils ont su ouvrir un regard. Francis Hallé fait partie de ceux-là. Botaniste reconnu, enseignant marquant, passeur infatigable entre la science et le sensible, il laisse derrière lui bien plus que des publications : une manière de regarder les arbres autrement.

Meriem a rencontré Francis Hallé à Montpellier au début de sa carrière, dans les années 1990, alors qu’elle était enseignante chercheuse à l'Engref, devenue depuis Agroparistech. Son témoignage dessine le portrait d’un homme profondément habité par le végétal, dont l’influence s’est exercée sur plusieurs générations.

Témoignage de Meriem Fournier, Directrice de l'UMR Silva à AgroparisTech Nancy - Ingénieure générale des Ponts, des Eaux et des Forêts.

Une connivence rare avec le monde végétal

« Francis Hallé avait une connivence avec les plantes absolument incroyable, » se souvient-elle.

« Il vivait les plantes, il les comprenait, avec une vision à 360°. On avait l’impression qu’il était lui-même un arbre. »

À l’Université de Montpellier, il était déjà reconnu comme un botaniste d’exception. Mais ce qui frappait ses étudiants, c’était sa manière de faire vivre la botanique : elle n’était jamais abstraite, toujours racontée, observée, partagée avec précision et curiosité.

 

« Dans le laboratoire, il y avait toujours des discussions, des débats, des moments où il arrêtait le travail pour bavarder. C’est ça qui m’a marquée : cette proximité, cette manière d’enseigner autrement. »

Francis Hallé tenait particulièrement à donner des cours de premier cycle. « C’est en l’ayant eu comme professeur que beaucoup d’étudiants se sont tournés vers la biologie végétale, plutôt que vers d’autres voies plus classiques, » raconte-t-elle.

Pour Meriem Fournier, cette manière d’enseigner a laissé une empreinte durable. Elle y puise encore aujourd’hui, dans sa propre pratique de professeure, cette attention portée aux étudiants, ce goût du partage et cette exigence de transmission vivante, héritée de ces années fondatrices.

Meriem Fournier

Explorer la forêt
depuis la canopée

Très tôt, Francis Hallé formule une idée centrale : on ne peut comprendre la forêt en ne la regardant qu’à hauteur d’homme.

« Il disait : étudier les arbres depuis le sol, c’est comme visiter une maison en ne voyant que la cave. »

C’est de cette idée qu’est né le Radeau des Cimes, une aventure scientifique et humaine hors norme. Une plateforme gonflable, déposée sur les cimes grâce à un dirigeable, permettait d’observer la canopée directement.

Meriem confie : « Il savait embarquer les gens, fédérer des équipes, donner envie d’y croire. On partait en expédition en Guyane, puis au Cameroun, et c’était incroyable : la rigueur scientifique allait de pair avec un enthousiasme communicatif. »

Le Radeau des Cimes n’était pas qu’une prouesse technique : il a renouvelé notre connaissance des forêts tropicales et révélé la richesse insoupçonnée de la biodiversité de la canopée.

Un passeur entre science, pédagogie et émerveillement

Francis Hallé n’a jamais cessé de transmettre et de partager. À travers ses livres, conférences et interventions publiques, il a su rendre visible l’invisible et faire entrer la forêt dans l’imaginaire collectif.

« Je me souviens des expéditions. Sur le radeau, il nous expliquait comment observer, comment récolter des échantillons, tout en restant rigoureux et en nous laissant expérimenter. Il avait ce mélange unique de sérieux scientifique et de farceur : il aimait qu’on s’amuse aussi. Même quand il fallait courir sur les boudins gonflables pour stabiliser le radeau, il était là, à nous guider, encourager, mais aussi à rigoler avec nous. »

« Il formait des générations d’étudiants, en France et ailleurs. Beaucoup ont aujourd’hui des carrières dans la recherche, les ONG ou l’enseignement. Mais au-delà des compétences, il nous a transmis quelque chose de plus subtil : un regard, une curiosité, une exigence de compréhension qui conjugue science et émerveillement. »

Il savait parler des arbres sans les réduire à des ressources, sans les idéaliser.

« Il nous invitait à considérer chaque arbre comme un être vivant, porteur de temporalités longues, de relations subtiles et d’une intelligence propre. »

Un esprit libre, parfois clivant

L’admiration que porte Meriem Fournier à Francis Hallé n’empêche pas d’en percevoir toute la richesse et la complexité. Botaniste de conviction, il aimait proposer des visions fortes, les explorer jusqu’au bout, avec un esprit de pionnier, parfois déroutant pour ses interlocuteurs.

« J’incarnais pour lui le monde des ingénieurs forestiers, avec lequel il était souvent en désaccord », se souvient-elle.

À Montpellier déjà, lors de la parution de Un monde sans hiver, les débats animaient les couloirs de l’université, notamment autour des spécificités des forêts tropicales et de la manière de les penser depuis l’Europe. Plus récemment, son projet de forêt primaire européenne a ravivé ces échanges.

Ces discussions font également écho à des tensions plus larges sur la gestion des forêts, particulièrement visibles dans des régions comme le Grand Est, où s’opposent parfois la culture sylvicole du temps long et des visions portées par de grands projets. La question, souligne Meriem Fournier, n’est pas seulement celle de la forêt, mais aussi celle des territoires et de ceux qui y vivent : qui décide, avec qui, et pour qui ?

Par ses propositions, Francis Hallé venait parfois percuter ces cadres. Mais ses prises de parole avaient une vertu précieuse : elles obligeaient à débattre, à déplacer les points de vue, à remettre la forêt au cœur d’une réflexion collective. Ces désaccords, toujours nourris de respect, faisaient partie intégrante de l’homme : un scientifique habité par ses idées, convaincu que la forêt méritait d’être défendue avec audace.

Francis Hallé

Ce qu’il nous laisse

L’héritage de Francis Hallé se mesure dans les regards qu’il a inspirés, les dialogues qu’il a ouverts et la curiosité qu’il a éveillée. Il savait rapprocher des mondes différents : chercheurs, gestionnaires, associations, citoyens autour de l’intelligence et de la beauté des forêts.

« Il avait cette capacité à nous faire changer de point de vue, à nous déplacer, intellectuellement et physiquement, pour comprendre le monde végétal. »

Son apport, à la fois scientifique et humain, continue de nourrir nos réflexions sur les arbres, leur place dans nos territoires et notre relation au vivant.

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