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Dans l’atelier des forêts : immersion avec les nouveaux artistes de Vent des Forêts 

Dans une grange ouverte, à quelques kilomètres des sentiers de Vent des Forêts, les œuvres sont encore en devenir. Les artistes sont en pleine phase d’expérimentation : ils testent les matériaux, ajustent les formes, et réfléchissent à la manière dont leurs créations pourront entrer en dialogue avec le paysage, les sols, la lumière et le vivant une fois installées en forêt.

C’est précisément cette étape de fabrication, habituellement invisible pour le public, que les ateliers ouverts permettent de découvrir en amont de la prochaine saison.

Créer avec les matières du territoire

À Vent des Forêts, un principe traverse l’ensemble des projets : tous les artistes travaillent à partir de matériaux issus du territoire, ou directement liés au vivant. Bois, terre, sable, cendre, eau, métal transformé : chaque matière porte déjà une histoire géologique, végétale ou humaine du paysage dans lequel les œuvres vont s’inscrire.

Judicaël Eymard en fait un principe central. Il fabrique ses émaux à partir de terres, de cendres et de sable collectés localement, comme une manière de faire émerger les couleurs mêmes du territoire dans la matière. D’autres changent même de terrain de jeu. Nefeli Papadimouli, habituée à travailler le textile, a choisi ici de basculer vers la céramique et des matériaux plus durables et ancrés localement. Elle façonne des milliers de perles à la main, qui deviendront les éléments constitutifs de structures inspirées à la fois de l’amphore et du vivant.

Mais ce rapport au territoire ne passe pas uniquement par les matériaux. Il traverse aussi les intentions : certaines œuvres cherchent à soutenir les écosystèmes, d’autres à révéler des équilibres invisibles, d’autres encore à questionner la place de l’humain dans son environnement.

 

Ces problématiques prennent la forme, chez Fabrice Cazenave, d’un « arbre à souhait ». À travers l’analyse de lieux hostiles, il met en avant l’idée que la vie y persiste toujours, indépendamment des conditions, reléguant ainsi l’humain au rôle de témoin provisoire. À partir d’un tronc foudroyé et brûlé, il orne l’arbre de fleurs encapsulées dans le cuivre, pour prolonger et incarner cette approche du vivant résilient. 

Des œuvres pensées avec le temps

Travailler avec le vivant implique aussi un autre rapport au temps.

Rien n’est pensé comme un objet figé. Les œuvres sont conçues pour évoluer, résister, parfois disparaître ou se transformer une fois installées dans la forêt. 

Bientôt, dans le silence des sous-bois, des formes inspirées du végétal, en bois calciné et en céramique noire, se déposeront discrètement dans les forêts par Germain Marguillard, comme si la matière avait lentement appris à redevenir paysage, entre trace et mémoire du vivant. 

Ce rapport au temps impose une autre logique de fabrication, où chaque matériau impose son propre rythme. Avec la céramique, par exemple, les temps de cuisson et de séchage viennent sans cesse déplacer les résultats attendus : la matière réagit, échappe parfois, et oblige à composer avec l’imprévu. 

Penser l’œuvre dans son lieu

Chaque artiste ne pense pas seulement son œuvre, mais aussi son emplacement.

La forêt devient un espace de co-création. 

Certains privilégient les zones de passage, d’autres des espaces plus discrets. Nefeli Papadimouli imagine par exemple ses structures à proximité d’une clairière : un lieu ouvert, qui fait écho à ses notions de protection, de transmission et d’accueil. Un espace où la lumière et le paysage circulent, comme dans ses œuvres.

Paul F. Millet inscrit lui aussi son œuvre dans la même logique avec sa structure de filtration de l’eau. Il choisit de l’implanter à proximité d’un espace ouvert, afin de préserver l’environnement et de laisser davantage de place aux arbres et aux sols, qui ont eux aussi besoin de cette ressource. 

Cette réflexion dépasse la simple installation. Elle pose une question centrale : comment faire exister une œuvre sans déséquilibrer ce qui est déjà là ? Comment être présent sans être dominant ?

C’est dans ces ajustements fins que se joue une grande partie du travail.

Un atelier collectif

Derrière ces projets, Vent des Forêts fonctionne comme un dispositif singulier.

Les artistes y sont accueillis en résidence et logés chez l’habitant, au cœur des villages de la Meuse. Ils ne travaillent pas seuls : plus de 80 artisans, entreprises et établissements de formation participent aux projets. Chaudronniers, tailleurs de pierre, sculpteurs sur bois, souffleurs de verre ou élèves en fonderie accompagnent la réalisation des œuvres.

Ce réseau transforme la résidence en véritable atelier collectif, où les savoir-faire techniques rencontrent les expérimentations artistiques.

Depuis sa création, Vent des Forêts a permis la réalisation de plus de 250 œuvres, dont environ 150 sont aujourd’hui visibles sur 45 kilomètres de sentiers forestiers balisés. Le parcours se décline en plusieurs boucles de marche, transformant la forêt en musée à ciel ouvert.

Sous la direction artistique de Pascal Yonet depuis 2008, le projet poursuit une même ambition : faire du paysage forestier un espace de création contemporaine, mais aussi un acteur du territoire rural.

Dans quelques mois, ces œuvres prendront place dans le paysage et seront découvertes au fil de la marche.

Ce que révèlent ces ateliers ouverts, c’est une autre temporalité de l’art : celle où tout est encore en train de se construire, où les idées doivent composer avec la matière, et où chaque geste engage déjà une relation au vivant.

Une manière de comprendre que, à Vent des Forêts, les œuvres ne s’ajoutent pas à la forêt : elles se construisent avec elle.

​Et très prochainement, partez à la rencontre des cinq artistes à travers leurs portraits ! 

Immersion au Jardin du Haut Chitelet nature, art et bois au sommet des Vosges(3).png

Envie de découvrir d’autres parcours inspirants ?

Explorez tous les portraits sur le blog de La Voie des Bois et partez à la rencontre de professionnels, créateurs, artisans et passionnés qui célèbrent la forêt et le bois sous toutes leurs formes.

Ici, on vous parle d’arbres, de forêts et de bois… Mais aussi des femmes et des hommes qui leur consacrent leur temps : ceux qui les observent, les font grandir, les transforment, les protègent.

 

En ville, en forêt ou à la campagne, on vous partage des idées de sorties, de rencontres, de contenus qui éveillent la curiosité et nourrissent l’envie d’explorer.

 

La Voie des Bois est un projet développé par le collectif Des Hommes et Des Arbres et soutenu par le programme Territoires d'Innovation du plan France 2030.

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