
Planter à tout prix :
le regard d’Antoine Cadoret, directeur de Pro Silva France
Antoine Cadoret est directeur de Pro Silva France depuis 2022. Pro Silva est un réseau européen engagé dans la promotion de la sylviculture mélangée à couvert continu, une approche fondée sur l’accompagnement des dynamiques naturelles, la diversité des structures forestières et une gestion inscrite dans le temps long.
Par sa position et sa connaissance du réseau Pro Silva et de l’approche de gestion forestière en couvert continu, Antoine Cadoret apporte un regard à la fois engagé et nuancé sur les débats autour de la sylviculture, attentif à la complexité des écosystèmes forestiers et aux choix de long terme.
Le documentaire Planter à tout prix, réalisé par François-Xavier Drouet, interroge un geste devenu central dans les politiques forestières et climatiques : planter des arbres pour répondre aux crises écologiques.
À travers des images fortes et des exemples pris dans différents pays, le film met en lumière certaines dérives possibles des programmes de plantation à grande échelle et questionne l’efficacité de ces stratégies face aux enjeux climatiques et de biodiversité.
Mais que nous dit réellement ce documentaire sur la gestion forestière ?
Et comment ces images résonnent-elles avec les réalités du terrain, de la recherche et des pratiques sylvicoles en Europe ?

Pour éclairer ces questions, La Voie des Bois a choisi de croiser les regards :
celui d’un forestier de terrain
un praticien engagé dans un modèle sylvicole alternatif
une chercheuse en sciences sociales spécialisée dans les politiques forestières
Ce dossier propose ainsi trois analyses complémentaires qui permettent de replacer le propos du film dans un contexte plus large : technique, écologique, économique et sociétal.
Trois regards pour éclairer le documentaire
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Damien François
Ingénieur forestier – Forêt d’ici
« La gestion forestière française ne s’organise pas autour d’une opposition entre “planter” ou “ne pas planter”. Elle repose sur une série d’arbitrages techniques, écologiques, économiques et sociétaux, réalisés au cas par cas. »
Ingénieur forestier depuis plus de vingt ans, Damien François travaille aujourd’hui à la recherche et au développement au sein de la coopérative Forêt d’ici, qui accompagne plus de 12 000 propriétaires forestiers et gère environ 200 000 hectares de forêts.
Son analyse apporte un regard très concret sur la gestion forestière française, fondé sur l’expérience du terrain et sur les arbitrages quotidiens entre contraintes écologiques, économiques et techniques.
Dans son analyse du documentaire, il rappelle que plantation et régénération naturelle sont deux outils complémentaires, mobilisés selon les situations écologiques et les crises sanitaires que traversent aujourd’hui les forêts.
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Antoine Cadoret
Directeur de Pro Silva France
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« Le problème n’est pas l’intention de planter des arbres. Le risque apparaît lorsque la plantation devient un objectif en soi, sans être réellement questionnée. »
« Ce que le documentaire évoque peu, c’est que les forêts poussent déjà : le “milliard d’arbres” est souvent présent en forêt, sous forme de semis naturels. »
Directeur de Pro Silva France, Antoine Cadoret défend une approche sylvicole fondée sur la forêt mélangée à couvert continu, qui s’appuie sur les dynamiques naturelles des écosystèmes forestiers et sur une gestion inscrite dans le temps long.
Son regard met en lumière un point souvent oublié dans les débats publics : les forêts poussent déjà, et la régénération naturelle constitue un levier majeur pour accompagner leur renouvellement.
Son analyse invite à considérer la plantation comme un outil parmi d’autres, à mobiliser avec discernement dans la gestion forestière.
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Carol Grossmann
Chercheuse – Forest Research Institute Baden-Württemberg (FVA)
« La plantation possède une force politique évidente : elle est visible, mesurable, communicable. Le nombre d’arbres plantés devient un indicateur d’action. »
« Si une politique publique subventionne certains types de plantations, il est cohérent qu’un propriétaire forestier s’y conforme Le débat se situe donc d’abord dans la conception des programmes, dans les objectifs qu’ils privilégient, et dans les dérives ou détournement dont ils peuvent faire l’objet. »
Chercheuse au Forest Research Institute du Bade-Wurtemberg, Carol Grossmann étudie depuis près de vingt ans les dimensions sociales de la forêt : perceptions publiques, politiques forestières, conflits d’usage et engagement citoyen.
Son analyse du documentaire éclaire les logiques politiques et sociales qui expliquent le succès des programmes de plantation.
Elle propose plusieurs points de vigilance :
La plantation ne peut constituer qu’un élément parmi d’autres dans les politiques climatiques, les enjeux forestiers s’inscrivent dans des systèmes économiques, énergétiques et sociaux beaucoup plus larges.
La question de la propriété des terres et de leurs usages préalables aux projets de plantation est essentielle.
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Comprendre les enjeux derrière la plantation d’arbres
Les contributions réunies dans ce dossier montrent que la question n’est pas seulement de savoir s’il faut planter des arbres, mais plutôt :
dans quelles situations planter,
avec quelles essences,
dans quels écosystèmes,
et dans quel cadre social, économique et politique.
Elles rappellent également que la forêt est un système complexe où se croisent écologie, économie, climat, biodiversité et attentes sociales.
À travers ces trois regards complémentaires, ce dossier propose une lecture nuancée du documentaire Planter à tout prix et ouvre le débat sur les conditions d’une gestion forestière durable et résiliente.
