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Dans la forêt de Tiragoutte, une mosaïque vivante entre sources, arbres et histoires humaines

Dans les hauteurs des Vosges, à Belval, la forêt de Tiragoutte s’étire comme un paysage intime, fait de lumière filtrée, de zones humides et de chemins anciens. Ici, les arbres racontent autant le temps long de la nature que celui des humains qui l’ont façonnée.
C’est Raymond Gabriel, propriétaire forestier et passeur d’histoires, qui veille sur ces 5 hectares devenus un véritable laboratoire de vie, de transmission et d’émerveillement.

Un héritage familiale

Avant de devenir propriétaire de Tiragoutte, Raymond a grandi dans l’univers du bois et de la forêt. Petit-fils de négociant en bois, neveu de silleur, il a toujours côtoyé l’odeur de la résine, les discussions de chantier et les paysages façonnés par l’arbre. 

Plus tard, il se forme et travaille dans le monde forestier, notamment au sein de l’Office National des Forêts, où il découvre la gestion à grande échelle, les équilibres entre production, biodiversité et accueil du public. Cette expérience lui donne une compréhension fine des dynamiques forestières, mais aussi une envie de revenir à une relation plus intime avec un territoire. 

Puis la forêt familiale revient dans sa trajectoire, comme une continuité naturelle.

« J’avais une espèce de philosophie que j’aime partager… ici, on aime tous les arbres. On ne se demande pas s’ils sont naturels ou plantés. »

Dans son regard, la forêt se vit comme un ensemble vivant, sans hiérarchie entre les arbres, mais comme une présence globale, riche et cohérente.

« Quand on admire une fleur, on ne se demande pas d’où elle vient. On admire sa beauté. Pour les arbres, c’est pareil. »

Le nom Tiragoutte plonge ses racines dans le parler vosgien. Une “goutte” désigne à la fois une source, un ruisseau et une zone humide. Ici, les trois se rencontrent.

Raymond le raconte avec simplicité :

« Nous sommes à l’épicentre de Tiragoutte. Une goutte, c’est une source, un ruisseau, une zone humide. Et ici, nous cochons les trois cases. »

Sur le terrain, cela se traduit par une richesse écologique foisonnante :

  • zones humides préservées

  • étangs et mares vivantes

  • sources profondes et permanentes

  • biodiversité aquatique et terrestre

Un lieu où l’eau façonne la vie, discrètement, continuellement.

​Tiragoutte, une terre d’eau et de métamorphoses

Un paysage né de l’histoire agricole des Vosges

Tiragoutte porte aussi la mémoire d’un paysage en transformation.

Autrefois, ces terres étaient agricoles : champs, prairies, cultures vivrières, élevage. 

Contrairement aux apparences actuelles, le site n'était pas forestier à 90 % il y a quelques décennies. Il accueillait la ferme de Tiragoutte, entourée de champs et de prés.

A partir du XXe siècle, les équilibres changent. La mécanisation de l’agriculture, l’évolution des modes de production et le départ progressif de certaines exploitations entraînent l’abandon de parcelles plus difficiles à exploiter, notamment en moyenne montagne. Puis, progressivement, la forêt a repris sa place.

« La forêt revient toujours dès qu’on cesse de la contenir », observe Raymond Gabriel. 
« Mais, on voit encore les traces des champs, parfois les anciennes limites, les talus.» 

Un paysage en transition, où la forêt n’a pas été seulement plantée mais retrouvée. 

Une forêt sculptée par la diversité et l’attention

Désormais, à Tiragoutte, la gestion forestière se vit comme un accompagnement délicat.

Raymond parle volontiers d’une forme de sculpture :

« J’ai parfois l’impression de sculpter la forêt. Mais pas selon ma volonté. Je prends chaque arbre comme il est. »

Dans la pratique, cela donne une forêt mélangée, où les arbres plantés cohabitent avec une forte dynamique naturelle.

Certaines zones révèlent une diversité remarquable :

  • 32 espèces spontanées recensées

  • des jeunes bouleaux pionniers

  • des érables, charmes, sapins, épicéas

  • des arbres rares préservés et accompagnés
     

Parfois, un choix se dessine : favoriser un arbre rare, ouvrir la lumière, laisser respirer un jeune sujet.

Dans la forêt de Tiragoutte, ce regard attentif s’exprime particulièrement à travers un arbre devenu presque symbolique ici : l’orme de montagne. Espèce autrefois commune et aujourd’hui plus discrète dans de nombreux paysages forestiers européens, il trouve dans cette forêt un refuge précieux.

Il le raconte avec une forme de respect presque silencieux :

« L’orme de montagne, c’est un arbre totem ici. On a la chance d’en avoir des sujets adultes qui ont résisté. Et surtout, ils se régénèrent. On les observe, on les accompagne. Quand on tombe sur un orme rare, on ne réfléchit pas longtemps. On lui donne de l’espace, on le laisse écrire son histoire. » 

Un lieu de réconciliation

Au fil de la visite, un fil conducteur apparaît : la réconciliation entre humains et forêts.

Raymond y tient particulièrement :

« Je suis pour la réconciliation. La forêt et l’histoire humaine sont complètement imbriquées. »

Cette vision prend d’autant plus de sens que les regards portés sur elle sont multiples et parfois éloignés : forestiers, visiteurs, habitants, chasseurs, naturalistes… chacun y projette ses attentes, ses sensibilités, parfois ses désaccords. 

C’est là que s’inscrit l’idée de réconciliation. Non pas en effaçant les différences de points de vue, mais en les replaçant dans une histoire commune. Même la gestion du bois peut être relue dans cette continuité : «Un arbre coupé, façonné, peut connaître une seconde vie, devenir une cabane qui abrite, qui protège, qui permet d’observer la forêt autrement. »

Et il insiste sur ce point : «il ne s’agit pas de désigner des responsables ou de penser le monde en termes d’opposition, mais de sortir d’une logique de défiance. »

Pour lui, l’histoire des forêts et celle des sociétés humaines sont indissociables, et c’est qui peut permettre d’avancer vers une forme d’apaisement, où la forêt redevient un espace partagé plutôt qu’un territoire disputé. 

Un récit vivant à transmettre

Tiragoutte continue d’évoluer, entre expérimentations, diversité et attention portée au futur.

Le projet à venir est simple et profond à la fois : transmettre.

« Former quelqu’un qui puisse prendre le relais et continuer la mission. Et continuer à travailler sur la diversité, sans trop savoir ce que cela donnera. »

Cette transmission s’appuie également sur une gestion progressive et documentée : suivi des espèces, cartographie des zones humides, observation des dynamiques naturelles, et échanges réguliers avec les acteurs forestiers locaux, notamment le Centre National de la Propriété Forestière. 

Transmettre, c’est léguer une forêt qui se contemple autant qu’elle se cultive, une forêt qui se partage, et qui relie.

Nuit des Forêts : ouvrir la forêt, ouvrir les regards

Chaque année, cette forêt accueille le public à l’occasion des Nuits des Forêts. Depuis six ans, le lieu devient alors un espace d’expériences sensibles. 

Pour Raymond, il y voit un moment privilégié de transmission :

« Les gens arrivent avec des questions, parfois des idées toutes faites, et repartent avec une autre manière de regarder la forêt. »

Dans cette forêt, une programmation riche, vivante, presque festive dans sa diversité :

  • visites guidées de jour et de nuit

  • ateliers de vannerie avec les saules de la forêt

  • cyanotype et impressions végétales

  • dessin en forêt avec des artistes

  • conférences en marche avec des historiens et forestiers

  • concerts au cœur des arbres

« On ne reste pas assis à écouter. On marche, on observe, on pose des questions. La forêt devient le support du dialogue. » 

Immersion au Jardin du Haut Chitelet nature, art et bois au sommet des Vosges(3).png

Découvrez le programme de Tiragoutte et des Nuits des Forêts !

Du 5 au 21 juin, explorez les forêts près de chez vous et découvrez la sous un autre regard !

Ici, on vous parle d’arbres, de forêts et de bois… Mais aussi des femmes et des hommes qui leur consacrent leur temps : ceux qui les observent, les font grandir, les transforment, les protègent.

 

En ville, en forêt ou à la campagne, on vous partage des idées de sorties, de rencontres, de contenus qui éveillent la curiosité et nourrissent l’envie d’explorer.

 

La Voie des Bois est un projet développé par le collectif Des Hommes et Des Arbres et soutenu par le programme Territoires d'Innovation du plan France 2030.

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