

Écouter la forêt : immersion avec Clara et le festival Nuits des Forêts
Chaque début d’été, un peu partout en France, des forêts s’ouvrent autrement. On y marche à la tombée de la nuit, on y écoute un concert entre les arbres, on y rencontre un forestier, un artiste, un habitant. C’est dans cet esprit qu’est né le festival Nuits des Forêts, porté notamment par Clara, rencontrée lors d’un échange autour de son engagement où expérience sensible, dialogue et présence se croisent. Cette année, le festival se déroule du 5 au 21 juin dans tout le Grand Est ! Découvrez le programme.

Une initiative née du manque
À l’origine du projet, il y a Clara Anguenot, cofondatrice et aujourd’hui responsable de l’association. L’histoire commence en 2020, au cœur du confinement. Coupée de la nature, une génération redécouvre à distance l’importance du vivant. Clara, alors engagée dans la filière de la construction bois, s’interroge : d’où vient cette ressource que l’on utilise ? Que sait-on réellement des forêts françaises ?
« On parlait beaucoup de l’Amazonie ou des mégafeux, mais très peu de la forêt près de chez nous. »
Avec plusieurs collaborateurs, elle imagine un format capable de reconnecter le grand public à ces territoires proches, souvent méconnus. Le festival devient alors une évidence : un espace hybride, à la fois pédagogique, artistique et expérientiel.

Un festival national, une multitude de forêts
Ce qui fait la singularité de Nuits des Forêts, c’est son fonctionnement décentralisé.
Chaque année, elle lance un appel à participation auquel répondent des acteurs très variés et cette année c’est :
plus de 200 porteurs de projets,
environ 250 sites accueillent des événements,
avec des formats volontairement intimistes, souvent entre 50 et 100 personnes.
L’association coordonne, accompagne, met en lien.
Collectivités, Office national des forêts, parcs naturels, associations, propriétaires privés ou artistes : tous peuvent proposer un projet.
« On cherche à créer des moments où les gens peuvent vraiment échanger, poser des questions, être acteurs de ce qu’ils vivent », explique Clara.
Cette diversité permet de refléter la richesse des forêts françaises, mais aussi d’ancrer chaque événement dans une réalité locale.


L’art comme levier de transformation
Ce croisement entre approches pédagogiques et sensibles attire aussi des publics différents. Certains viennent pour une balade naturaliste et découvrent une performance artistique. D’autres, attirés par une proposition culturelle, se retrouvent à discuter de gestion forestière. Ce mélange crée des passerelles inattendues.
« On ne change pas seulement des comportements. On change un rapport au monde. »
Le festival agit ainsi sur ce qu’elle appelle une “transition des imaginaires” — un processus lent, mais essentiel pour accompagner les transformations écologiques.
Ce qui distingue profondément Nuits des Forêts, c’est son format.
Pourquoi mêler art et écologie ?
Pour Clara, la réponse est claire : comprendre ne suffit pas. Il faut ressentir. Ce que viennent chercher les participants n’est pas uniquement de l’information. C’est une expérience.
Les enjeux écologiques ne peuvent pas être abordés uniquement par des données ou des discours techniques. Ils impliquent une transformation plus profonde, liée à notre manière de percevoir le vivant.
L’art permet :
-
d’activer l’imaginaire,
-
de raconter d’autres récits du vivant,
-
de toucher des publics différents.

Créer du dialogue là où il manque
Dans un contexte où les questions forestières deviennent sensibles — exploitation, biodiversité, usages — Nuits des Forêts propose un espace rare : celui du dialogue apaisé.
Pas de confrontation frontale.
Mais une expérience partagée.
Le dialogue se construit à partir d’une expérience partagée.
On rencontre un charpentier du territoire, un gestionnaire forestier, un artiste en résidence, un habitant : tous se retrouvent dans la même situation, dans le même lieu, au même moment.
Les enjeux forestiers, parfois abstraits lorsqu’ils sont évoqués à distance, prennent ici une dimension concrète et incarnée.
« Le fait de vivre quelque chose ensemble enlève beaucoup de tensions. »
Les enjeux deviennent concrets.
Les métiers prennent visage.
Les désaccords peuvent exister, mais dans un cadre d’écoute.
Cette horizontalité permet d’aborder des sujets complexes avec plus de nuance.

Prolonger l’expérience : du festival à l’action
Avec les années, l’association a vu évoluer les attentes du public. Là où il s’agissait au départ de sensibiliser et de faire découvrir, émerge aujourd’hui un besoin plus concret : celui d’agir.
Parmi eux : le Wooding, lancé en 2024.
Inspiré du woofing, ce dispositif propose :
-
des chantiers participatifs en forêt,
-
des actions concrètes (entretien, biodiversité, prévention),
-
un réseau de bénévolat accessible via une plateforme.
« Les gens nous disent : maintenant qu’on a compris, qu’est-ce qu’on peut faire ? »
Le Wooding devient cette réponse, ancrée dans le terrain et la saisonnalité des forêts.
Et au-delà du festival, Nuits des Forêts élargit progressivement son champ d’action :
-
production de contenus pédagogiques,
-
collaborations culturelles,
-
interventions dans des événements comme le Forum Bois Construction.
L’association s’affirme comme un acteur à la croisée de la culture, de l’écologie et de la société civile.


« À l’écoute des vivants »
C’est le thème de l’édition actuelle.
Un mot revient, comme un fil conducteur : écouter.
Écouter les arbres.
Le vent.
La pluie.
Les animaux.
Mais aussi celles et ceux qui observent et travaillent avec la forêt au quotidien.
« Aller écouter sa forêt », dit simplement Clara.
Dans cette invitation, il y a peut-être l’essentiel.
Car au-delà des chiffres, des formats ou des dispositifs, Nuits des Forêts propose avant tout un déplacement :
ralentir,
être présent,
et réapprendre à prêter attention.
Dans un monde saturé de discours, la forêt devient alors un lieu rare :
un espace où l’on peut encore entendre.
