top of page

Dans l’univers de Matali Crasset, un design pour réhabiter le vivant

À l’occasion de la parution de sa monographie Autrement, et de sa présence à Vent des Forêts à Lahaymeix en Meuse, la designer contemporaine Matali Crasset revient sur un parcours singulier, où le design s’éloigne de l’objet pour se rapprocher des usages, des territoires et du vivant. 

Du design d’objet aux “scénarios de vie”

Formée à l’École Nationale Supérieure de Création Industrielle, passée par Milan puis par l’agence de Philippe Starck, Matali Crasset commence par le design d’objet. Très vite, elle élargit son champ d’action.

“Ce qui m’intéresse n’est pas seulement de concevoir des formes, mais de comprendre ce qu’elles produisent concrètement : des manières d’habiter, de circuler, de se rencontrer”


Elle parle de “scénarios de vie” pour décrire cette approche où objets et espaces deviennent des supports d’usage, capables d’influencer les relations et les comportements.

Peu à peu, le design quitte le registre purement formel pour s’inscrire dans des situations vécues, ancrées dans le quotidien. Originaire d’un territoire marqué par le remembrement agricole, elle a grandi dans des paysages profondément transformés, où une partie des forêts a disparu au profit de grandes étendues uniformes. 

Une manière, dans son travail, de réinterroger notre façon de voir, mais aussi de considérer les environnements dans lesquels nous vivons.

©Sébastien Agnetti

Un design ancré et situé

Chez Matali Crasset, le design commence toujours par une immersion. Observer, comprendre, s’imprégner d’un contexte avant d’agir.

« J’essaie de travailler comme une anthropologue : aller sur le terrain, regarder ce qui se joue, et proposer quelque chose qui fait sens à cet endroit-là. »

Cette approche, qu’elle qualifie de design “ancré et situé”, s’oppose à une conception plus standardisée et décontextualisée du design. Ici, il ne s’agit pas d’imposer une forme, mais de faire émerger une réponse à partir d’un environnement donné.

Cette posture s’accompagne aussi d’une réflexion sur la consommation.
“Plutôt que multiplier les objets, créons des relations plus durables, plus profondes, avec des formes qui accompagnent réellement les usages.”

C’est précisément ce qui fait écho à Vent des Forêts. Ici, les artistes travaillent sur un temps long, en immersion, en lien direct avec un territoire rural et ses habitants.

Dans ce contexte, le design de Matali Crasset trouve une résonance particulière. Les projets ne se construisent pas seuls : ils mobilisent un réseau local — artisans, menuisiers, ferronniers, équipes en réinsertion — et s’inscrivent dans une dynamique collective.

Expérimenter la forêt autrement

C’est dans ce cadre qu’elle développe, avec le directeur Pascal Yonet de Vent des Forêts, le projet des Maisons Sylvestres inauguré en 2011-2012 sur les sentiers. Une proposition simple en apparence : transformer l’expérience du visiteur.

« La forêt, on la traverse souvent. Là, l’idée, c’était d’y rester, d’y passer du temps, de l’habiter. »

Avec Le Nichoir, elle conçoit un abri minimal, presque à l’échelle d’un oiseau. Un espace volontairement réduit, qui invite à repenser son rapport au confort et à l’environnement.

Avec La Noisette, l’approche évolue. La structure, conique, enveloppante, s’inscrit dans le paysage comme un fruit tombé au sol.

« Le toit en chaume, par exemple, permet d’entendre la forêt autrement. Les sons sont filtrés, on est vraiment dedans. »

Dans ces architectures, chaque choix — forme, matériau, emplacement — participe à une même intention : modifier notre manière de percevoir et d’habiter le vivant.

Matali Crasset, Le Nichoir

Réhabiter et réparer

Au fil de la discussion, une idée revient : celle de “réparer”.

Réparer le lien au territoire, réparer le rapport au vivant, mais aussi recréer des espaces communs.

Cette réflexion traverse aussi ses projets plus récents, comme la “maison de la restitution”, où les déchets deviennent visibles et réintégrés dans un cycle.

La parution de sa monographie Autrement vient structurer ces réflexions. Dans un contexte marqué par les crises écologiques et géopolitiques, elle insiste sur la nécessité de produire de nouveaux imaginaires : des récits capables de faire face à l’éco-anxiété, en ouvrant des espaces communautaires et des systèmes de pensée plus régénérateurs, où le design devient aussi un outil pour relier, apaiser et reconfigurer nos manières de vivre ensemble. 

« On a besoin d’imaginer autre chose, pour se projeter, pour se réparer aussi. »

Et à Vent des Forêts, cette idée prend corps : le design devient ici un outil de relation, de perception et de transformation du vivant, au cœur même du paysage. 

Immersion au Jardin du Haut Chitelet nature, art et bois au sommet des Vosges(3).png

Ici, on vous parle d’arbres, de forêts et de bois… Mais aussi des femmes et des hommes qui leur consacrent leur temps : ceux qui les observent, les font grandir, les transforment, les protègent.

 

En ville, en forêt ou à la campagne, on vous partage des idées de sorties, de rencontres, de contenus qui éveillent la curiosité et nourrissent l’envie d’explorer.

 

La Voie des Bois est un projet développé par le collectif Des Hommes et Des Arbres et soutenu par le programme Territoires d'Innovation du plan France 2030.

Retrouvez La Voie des Bois sur Facebook

  • Instagram
  • Facebook
bottom of page