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Feux de forêt : quel rôle joue le changement climatique ?

Les incendies qui touchent actuellement la Gironde et les Landes impressionnent par leur ampleur. Des milliers d'hectares de forêt ont déjà brûlé, des habitants ont dû être évacués et des centaines de pompiers restent mobilisés. Face à ces événements, une question revient souvent : quel rôle joue réellement le changement climatique dans ces grands incendies ? Les travaux du GIEC, du CNRS et de l'INRAE permettent aujourd'hui d'y répondre avec précision.

Les incendies qui frappent actuellement le sud-ouest de la France comptent parmi les plus marquants de ces dernières années. Les images de forêts en flammes, de quartiers évacués ou de colonnes de fumée visibles à plusieurs dizaines de kilomètres rappellent la violence de ces événements.

Lorsqu'un tel incendie survient, les premiers éléments d'enquête cherchent naturellement à identifier son origine. Un mégot, des travaux produisant des étincelles, un barbecue mal éteint, un véhicule ou, plus rarement, un acte volontaire sont à l'origine de la majorité des départs de feu observés en France.

Alors pourquoi le changement climatique est-il systématiquement évoqué ?

Alors pourquoi le changement climatique est-il systématiquement évoqué ?

Les travaux du GIEC, du CNRS, de l'INRAE et de nombreux organismes de recherche convergent aujourd'hui sur un point essentiel : l'origine d'un incendie et son développement sont deux choses différentes.

Le départ d'un feu explique pourquoi il commence. Le changement climatique contribue à expliquer pourquoi certains de ces départs prennent aujourd'hui une ampleur exceptionnelle.

Pour comprendre ce lien, il faut s'intéresser à la manière dont un incendie se développe.

Les départs de feu sont majoritairement d'origine humaine

Sans source d'ignition, il n'y a pas d'incendie. Cette évidence rappelle que la prévention reste le premier levier d'action. En Europe, la très grande majorité des départs de feu sont liés aux activités humaines.

Mais une même étincelle ne produit pas toujours les mêmes conséquences.

Chaque année, de nombreux départs de feu sont rapidement maîtrisés. D'autres deviennent des incendies de plusieurs milliers d'hectares. La différence tient moins à l'origine du feu qu'aux conditions dans lesquelles il survient.

En France métropolitaine : 

9 feux 10

sont d’origine humaine

70%

des cas, ces feux ont pour origine une activité économique ou une activité du quotidien.

30%

des feux d’origine anthropique restants sont dus à des actes de malveillance.

Sources : Observatoire des forêts françaises

Comment le changement climatique favorise-t-il les grands incendies ?

Pour se développer, un feu a besoin d'un combustible. En forêt, ce combustible est constitué de la végétation : herbes, feuilles mortes, broussailles, branches, bois mort… mais aussi des arbres eux-mêmes.

Or, la végétation est plus ou moins combustible selon les conditions météorologiques.

Après plusieurs semaines de chaleur, de sécheresse et de faible humidité de l'air, les sols s'assèchent et la végétation perd progressivement une partie de son eau. Les arbres entrent en stress hydrique :

ils limitent leur transpiration pour économiser leurs réserves

ralentissent leur croissance

deviennent plus vulnérables

Dans ces conditions, une étincelle qui aurait pu provoquer un feu limité peut alimenter un incendie beaucoup plus difficile à maîtriser.

C'est précisément sur ces conditions que le changement climatique agit.

Les chercheurs observent depuis plusieurs décennies une augmentation des températures, des vagues de chaleur plus fréquentes et plus longues, ainsi qu'une répétition des épisodes de sécheresse. Ces évolutions dessèchent davantage la végétation, la rendent plus combustible et allongent les périodes propices aux incendies.

Autrement dit, le changement climatique ne remplace pas l'étincelle : il rend plus probable qu'un départ de feu devienne un grand incendie.

Pourquoi certaines forêts brûlent-elles plus facilement que d'autres ?

Toutes les forêts peuvent brûler. En revanche, elles ne réagissent pas toutes de la même manière.

Le comportement du feu dépend notamment de la quantité de végétation disponible, de son humidité, du vent, du relief et de la continuité des peuplements forestiers.

Les incendies qui touchent actuellement la Gironde traversent le massif des Landes, la plus grande forêt cultivée d'Europe. Principalement composée de pins maritimes, cette forêt présente de vastes peuplements continus. Lorsque la végétation est très sèche et que le vent souffle, cette continuité peut favoriser une propagation rapide des flammes.

À l'inverse, des paysages alternant différentes essences, clairières, zones agricoles ou zones humides créent davantage de ruptures dans le combustible et peuvent ralentir la progression du feu.

Il serait pourtant faux d'en conclure que le pin maritime est responsable des incendies. Une forêt de feuillus peut elle aussi brûler lors d'épisodes de sécheresse extrême. Ce n'est jamais une essence seule qui explique le comportement d'un incendie, mais bien la combinaison de nombreux facteurs.

Il faut également rappeler que le massif landais est l'un des territoires français les mieux préparés au risque incendie. Son réseau de pistes DFCI , de réserves d'eau, de fossés et de dispositifs de surveillance joue un rôle essentiel dans la prévention et l'intervention des secours.

Un risque qui évolue

Pendant longtemps, les grands incendies étaient principalement associés au pourtour méditerranéen. Aujourd'hui, les observations du CNRS et les projections du GIEC et de l'INRAE montrent une évolution progressive du risque.

Les saisons propices aux incendies s'allongent. Les vagues de chaleur et les sécheresses deviennent plus fréquentes. Des territoires jusqu'ici peu concernés connaissent désormais des conditions favorables au développement de grands feux.

Cela ne signifie pas que toutes les régions françaises connaîtront demain les mêmes incendies que les Landes ou la Provence. En revanche, cela conduit déjà les forestiers, les chercheurs, les collectivités et les services de secours à adapter leurs pratiques pour préparer les forêts aux conditions climatiques de demain.

Comprendre pour mieux agir

Les grands incendies sont des phénomènes complexes. Chercher une cause unique serait réducteur.

Le départ d'un feu est, dans la plupart des cas, d'origine humaine. Sa propagation dépend ensuite de l'état de la végétation, des conditions météorologiques, du paysage, du vent, du relief et des activités humaines présentes à proximité.

Le changement climatique n'efface pas ces autres facteurs. Il s'y ajoute en modifiant progressivement les conditions dans lesquelles les incendies se développent.

Les incendies qui touchent aujourd'hui la Gironde et les Landes sont une tragédie humaine, environnementale et économique. Ils nous rappellent aussi que mieux comprendre le fonctionnement des forêts et l'évolution du climat est devenu indispensable pour mieux prévenir les incendies, adapter les pratiques de gestion et protéger les territoires.

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